Sauter au contenu

Furie Lyonnaise

18 mai 2010

Nuits sonores édition 2009 - Photo DR

En général, Lyon est une ville plutôt calme. La nuit aussi. Mais depuis 8 ans déjà et pendant une semaine, les nuits lyonnaises deviennent des « Nuits Sonores ». L’air tremble au rythme des basses. Un bruit sourd envahit la ville et secoue les murs de la bourgeoise cité des gones. Cette vibration annonce le début des hostilités. Pendant 4 jours et 5 nuits, la jeunesse lyonnaise prend le contrôle des rues.

Cette année encore, du 12 au 16 mai, impossible d’échapper au plus grand festival électro de France. Les organisateurs pensaient faire au moins aussi bien qu’en 2009 avec 67 000 visiteurs. Ce fut mieux : plus de 80 000 festivaliers ont déferlé sur la ville. Les quadras et autres seniors ne sont pas tous retranchés chez eux, attendant que l’orage passe. Ils sont nombreux à participer à la fête. Mais dans les rues et sur les places, la plupart des festivaliers, s’ils ne sont pas tous mineurs, sont au maximum trentenaires.

Féria « à la lyonnaise »

Après une soirée d’inauguration arrosée (par la pluie) à la piscine du Rhône mercredi, la fête a investi la rue dès jeudi avec le « Circuit électronique ». Quatorze sites répartis dans toute la ville, des dizaines de concerts gratuits jusqu’au bout de la nuit, des navettes pour transporter tout ce beau monde, et le succès qui ne pouvait pas rater le rendez-vous populaire. Du succès ? Peut-être un peu trop. La foule a parfois été difficile à canaliser. Les files d’attentes interminables ont découragé plus d’un candidat. Quand elles n’ont pas fait monter la tension.

Tant pis pour ces anecdotes. Pour une fois Lyon la timide, Lyon la discrète, Lyon la secrète s’abandonne au plaisir de la fête. Et tout le monde en redemande. Rebelote samedi avec les apéros sonores. Du plus grand au plus petit, on secoue la tête et les reins devant les dizaines de DJ qui prennent place ici sur la place de la Bourse, là sous le marché couvert de la Martinière ou encore (et toujours!) au croisement de la rue Garet et de la rue de l’Arbre-sec. La foule envahit la voirie, les habitants ouvrent leurs fenêtres et dansent au balcon. Une ambiance de féria entre Rhône et Saône.

Depuis les débuts de ce festival, les spectacles oscillent entre manifestations populaires gratuites, et soirées « hype » à 30 euros la nuit. Une rencontre improbable mais pourtant bien réelle entre le monde des raves-party « Kronenbourg » et celui des boîtes de nuit « Moët et Chandon ». Un pari gagnant puisque les soirées payantes affichaient complet avant même l’ouverture du festival. Une mixité sociale qui se déroule dans une ambiance surchauffée mais bon enfant.

Jeudi, le service d’ordre est resté discret…  jusqu’à ce qu’une bouteille atterrisse sur la scène place de la Bourse ! Les CRS ont alors débarqué pour s’assurer que les pompiers pourraient intervenir en toute sécurité. Certains évoquent également l’utilisation de gaz lacrymogène sur les quais du Rhône, près des péniches. Peut-être aussi aux abords du Sound Factory, submergé par le succès du concert gratuit avec pour tête d’affiche Bridy Nam Nam.

L’organisation semble parfois avoir été dépassée par l’ampleur de la foule. Elle penserait à renforcer l’encadrement, voire à limiter le nombre de spectacles en plein air. Ce serait tellement dommage…

Nuits sonores : juste un instant de poésie

18 mai 2010

Et au milieu de l’hystérie des Nuits sonores, un instant de poésie. Samedi soir vers minuit, sur les berges du Rhône, une vingtaine de jeunes gens visiblement malentendants discutent et participent à leur manière aux festivités. La vidéo n’est pas de bonne qualité, elle a été tournée de nuit, avec un téléphone portable et après de (trop?) nombreuses bières…

L’échange n’est pas non plus très construit. Un peu de gêné de les importuner, voire honteux de les filmer comme s’ils étaient des phénomènes de foire. Pourtant, cette image me touche. Un échange silencieux au milieu de la frénésie du festival, un lieu de calme et de sérénité. Pourtant, ils sont tous plus excités les uns que les autres. Une fête silencieuse, mais une fête quand même. Et croyez moi, de ce point de vue là, rien ne les différencie des “entendants”!

Le 1er mai : un beau jour pour mourir (ou “Chronique d’un jeune provincial visitant Paris dans un cortège syndical”)

11 mai 2010

Comme Sinéhebdo, Le Plan B a choisi de mourir un samedi... 1er mai !

La fête du travail, c’est un peu comme le carnaval. Des cotillons, des ballons, des drapeaux multicolores. Et le soleil –  radieux pour cette édition – qui se marie si bien avec la musique des hauts parleurs syndicaux. Dans le cortège, on danse, on chante, on crie (beaucoup), on boit (un peu). Qui se doute que cette année, à Paris, pendant que certains célèbrent la lutte syndicale, d’autres préparent des funérailles.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Il l’avait annoncé fin mars, Siné raccroche. Son hebdo mal élevé n’a plus les moyens de ses ambitions. En marge des manifs, le vieux provocateur et son équipe de semeurs de pagaille signent des autographes. Leur stand est relégué sur le bas côté, accollé a la porte Saint-Denis, à deux pas du mal nommé boulevard « Bonne Nouvelle ».
Siné met la clef sous la porte et pourtant c’est la fête. Une fanfare est là, les clown sont les derniers à faire les cons. L’animation attire du monde. On se bouscule pour obtenir le dernier exemplaire embelli d’un grafiti des auteurs. Un bon coup marketing pour être bien certain d’écouler les stocks avant de fermer boutique.
L’occasion enfin de promouvoir le film que réalise la fille Siné : “Mourir ? Plutôt crever ! ” par Stéphane Mercurio (ndlr : des femmes s’appellent Stéphane. Et oui !).
La presse indépendante va mal
Quelques rues plus loin, on distribuait gratuitement « Fakir » aux manifestants. « Fakir s’en sort bien, mais oui la presse indépendante va mal. Bien sûr il y a Sinéhebdo qui ferme mais pas seulement. Pour le Plan B aussi c’est le dernier numéro, » explique un donneur à la sauvette.
Comment ça ? Le Plan B, ce magazine critique des médias né en 2006, proche d’Acrimed et autres trublions, va passer l’arme à gauche ? « Depuis cinq numéros, ventes en kiosque et abonnements fléchissent » peut on lire sur le site internet sardonique. Ce n’est pas tout : « la diffusion militante s’effondre, passant de 3 500 exemplaires à moins de 200. [...] La violence de la crise sociale et le sabotage des mobilisations de 2009 par les directions syndicales ont produit leur effet. ». Voilà une explication : le Plan B se vendait surtout dans les manifs. Moins de cortèges en 2010 signifie moins de revenus pour ce poil à gratter médiatique.

La guérilla médiatique, ça use

En aparté, un membre du Plan B explique : « Les ventes chutent, c’est vrai. Mais il faut aussi dire que l’équipe commence à en avoir marre. » Dix années de guérilla médiatique, ça use. Le Plan B n’étant que l’héritier du déjà redouté PLPL (Pour lire pas lu), né en juin 2000 à Millau. Alors, fini les flatteries fatales et hilarantes ? Terminé les opérations commandos contre les libres antennes ? On espère que non. Le plan B nous l’a promis : « En attendant notre reparution, dans un mois, dans un an, au détour d’une manifestation, sous un pavé, pour tirer un coup de pistolet dans la noce des satisfaits, l’Internationale sardonique nous communique ce message inspiré des Raisins de la colère de John Steinbeck (chapitre 28) :
« La Sardonie sera toujours là, partout, dans l’ombre. Partout où tu porteras les yeux. Partout où il y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, la Sardonie sera là. Partout où il y aura un flic moustachu en train de passer un type à tabac, la Sardonie sera là. Dans les cris des gens qui se mettent en colère parce qu’ils n’ont rien dans le ventre, la Sardonie sera là. Elle brille de mille feux.
Feu  ! Feu  ! Feu  ! »
Espérons qu’ils tiendront parole.
En attendant, la visite de la Commune se poursuit en direction de l’Opéra avec, dans un coin de la tête, un sentiment désagréable, une angoisse inexplicable. Comme s’il venait de se passer quelque chose de grave. Et que tout le monde s’en foutait.

Obama oublie l’Afrique

14 avril 2010

Barack Obama en visite sur la terre de ses ancêtres, au Kenya en 2006

Historique ! L’élection du 44e président américain le 4 novembre 2008 marque déjà l’Histoire. Pour la première fois, un homme de couleur est au seuil de la Maison blanche. Barack H. Obama, fils d’un immigré kenyan et d’une américaine blanche, pourrait bientôt devenir le premier président noir des Etats-Unis. La société américaine, marquée par l’esclavage, la ségrégation et le racisme semble enfin prête à demander l’absolution. Elle a choisi le fils d’un africain pour la lui accorder.

A moins d’une semaine du scrutin, le jeune sénateur de l’Illinois est donné grand favori face au vieillissant John Mac Cain. Sa force : avoir su séduire le monde avant de conquérir le cœur des américains, tout comme l’avait fait avant lui John F. Kennedy. Pour Olivier Richomme, maitre de conférence à l’université Lyon 2 et co-auteur de « L’Amérique de Barack Obama », le candidat démocrate a été plus loin que son illustre prédécesseur : « Kennedy avait conquit le cœur des américains et des européens. Obama a aussi séduit l’Asie et l’Afrique. »

En Afrique justement, « l’Obamania » atteint des sommets, comme le rapporte l’hebdomadaire Courrier International : « Au Kenya, de plus en plus de bébés portent son nom. En Ouganda, un axe a été baptisé Boulevard Obama. Et au Nigeria, des belligérants ont même appelé à un bref cessez-le-feu en l’honneur du candidat démocrate à l’élection présidentielle. » En 2006, la visite du sénateur de l’Illinois au Kenya avait été un franc succès. Des milliers de personnes s’étaient déplacées pour acclamer « le candidat de l’Afrique », comme le surnomment aujourd’hui certains journaux du continent noir.

Harry Sullivan est consul américain à Lyon. Il connaît l’Afrique pour y avoir occupé plusieurs postes diplomatiques. Pour lui cette ferveur populaire tiens dans la symbolique Obama : « Obama suscite de l’espoir en Afrique. Le fils d’un kenyan est en passe de devenir le président du pays le plus puissant du monde. » Dit autrement, Obama est l’incarnation africaine du rêve américain.

Mais Obama se sent-il africain ? Métisse, dans une Amérique où l’identité dépendant avant tout de la couleur de la peau, le jeune Obama a d’abord éprouvé des difficultés à se positionner dans la société. N’ayant que très peu connu son père (divorcé de sa mère alors que Barack n’a que deux ans), « il a décidé de mener des recherches personnelles pour savoir qui il était. Il est allé au Kenya pendant sa jeunesse pour retrouver sa famille » raconte Harry Sullivan. C’est à ce moment là qu’il a fait la connaissance de sa grand-mère, de ses oncles et de ses demi-frères et sœurs kenyans.

« L’Afrique ne compte pas. » Olivier Richomme

Malgré ces liens évidents avec l’Afrique, c’est avant tout en tant qu’américain qu’Obama se définie. Si le candidat démocrate a su renouer avec ses racines africaines, il s’est aussi – et surtout ! – rapproché de ses compatriotes américains de couleur. Harry Sullivan raconte : « Lorsqu’il a obtenu son diplôme de droit, il aurait pu travailler pour un grand cabinet et devenir riche, mais il a préféré travailler auprès des défavorisés », en pratique, une majorité d’afro-américains.

Lié à l’Afrique par son père, intégré à la communauté afro-américaine par son engagement et sa couleur de peau, le candidat démocrate a été influencé par son éducation : « Barack a été élevé par sa grand-mère blanche. En fait, à l’intérieur, il comme moi, il est blanc », affirme le consul américain.

Lorsque l’on demande à l’universitaire Olivier Richomme si l’Afrique est évoqué dans le programme d’Obama, il est catégorique : « Absolument pas. L’Afrique ne compte pas. » Crise économique, conflits au Moyen-orient, réforme du système d’assurance santé, « Peut-être qu’Obama porte l’Afrique dans son cœur, mais il aura d’autres chats à fouetter. » D’autant que son électorat reste peu sensible à la situation de l’Afrique, y compris les afro-américains. « Il existe trois groupes d’afro-américains : les descendants des esclaves qui ont connu la ségrégation, les afro-caribéens et les immigrés africains récents, explique Olivier Richomme. Ils ont tous des points communs, mais ils ont aussi des parcours et des références culturelles différentes. » La majorité des Noirs américains n’entretient plus de liens directs avec la terre de leurs ancêtres. La traite a déraciné les esclaves et effacé l’Afrique de la mémoire de leurs descendants.

Le sénateur de l’Illinois est issu de la troisième catégorie d’afro-américains, et en tant que tel, il a dû batailler pour se faire accepter par l’ensemble de la communauté noire des Etats-Unis. Aujourd’hui, il doit rassembler pour gagner l’élection américaine : « Obama joue sur son identité multiple, ce qui est très innovant. », complète Olivier Richomme. Il se présente donc avant tout comme un américain, et élude la question de ses origines africaines qui pourraient être prises pour cible par ses adversaires.

Pas la peine d’espérer que le premier président Noir règle le problème du Darfour, ni que les objectifs du millénaire pour le développement ne soient tenus. Même s’ils sont les plus gros donateurs avec 21 milliards de dollars en 2007 selon l’OCDE, les USA ne consacrent actuellement que 0,16% de leur PIB en aides publiques au développement alors qu’ils s’étaient engager à atteindre 0,7% de leur PIB d’ici 2015. Avec la crise économique qui se profile, le développement de l’Afrique ne sera pas une priorité. La seule évolution positive qu’entraperçoit Olivier Richomme concerne la forme des relations diplomatiques entre l’Afrique et le reste du monde : « Les pays africains vont peut être se sentir plus écoutés. Mais même s’il en a envie, Obama n’aura pas à priori les moyens de mener une autre politique américaine en Afrique. » Les Africains prennent conscience de cet état de fait. Le 29 octobre, le « Cameroon tribune » titrait « Et l’Afrique ? ». Une façon résignée de réclamer l’attention du candidat démocrate, un Noir qui détiendra enfin le pouvoir de représenter ce continent, grand oublié de la mondialisation.

Rédigé le 23/02/2009

Apprendre à aimer l’école

13 avril 2010

Depuis 2007, 137 atelier relais et 284 classes relais redonnent le goût d'apprendre aux élèves en décrochage

En Rhône-Alpes, près de 6000 jeunes quittent le système scolaire sans qualification. Le chômage touche de plus en plus les moins de 25 ans de la région, et les non diplômés sont deux fois plus nombreux à s’inscrire à pôle emplois que ceux qui ont un niveau bac+2. Pour mettre fin à ce gâchis, le ministère de l’Education nationale met en place les atelier relais pour lutter contre le décrochage scolaire.

C’est le cas de l’Atelier Relais Delaune à Echirolles qui prend en charge les élèves de cinq collèges de l’agglomération Grenobloise. Les collégiens qui se portent volontaires sont alors encadrés pendant 5 semaines. Ils sortent des murs du collège pour suivre un programme aménagé. Au coeur de l’apprentissage, des cours de rattrapage en français et en math, beaucoup de sport, et des ateliers pour réapprendre à apprendre.

L’objectif : redonner confiance. Confiance en soit, confiance en ses capacité, confiance dans le système éducatif et les adultes qui l’incarnent.

Réalisé le 12/03/2010

Du pouvoir des mots aux maux du pouvoir

13 avril 2010

"Dante et Virgile en enfer", par Bourguereau

« Appuyez-vous sur les principes, » disait Oscar Wilde. « Ils finiront bien par céder. » Dans Mephisto for ever de Tom Lanoye, présenté par la MC2 de Grenoble dans la série le «Tryptique du pouvoir », les principes s’effondrent comme des colonnes de pierres rongées par un lichen, qui remonte doucement des bas-fonds politiques. Le pouvoir nazi corrompt tout, y compris les artistes qui tentent de s’opposer à lui.

La mise en scène du flamand Guy Cassier, directeur artistique de la Toneelhuis à Anvers, dérange, avant de plaire. Les textes sont interprétés en néerlandais, un idiome dur auquel l’oreille s’habitue lentement. Le spectateur doit chercher la traduction sur les panneaux lumineux répartis aux quatre coins de la scène, tout essayant de garder un œil sur les acteurs. Difficile de suivre le cours du texte.

“Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder.” Oscar Wilde

Pourtant au fur et à mesure, la puissance de la mise en scène occulte ces frustrations primaires. La parole s’éclipse, les jeux de lumières et le rythme d’élocution des acteurs font sentir la pesanteur de l’histoire mieux que les mots. L’utilisation de la vidéo projection numérique démultiplie la scène. Les acteurs sont tour à tour (et parfois simultanément) sur les planches, sur les écrans, et hors du jeu. Ils s’improvisent techniciens et réalisent les trucages vidéos dans l’ombre. Ils jouent avec caméras et les écrans géants, traversent le plateau, s’immobilisent pendant de longue minute, absent mais toujours là, avant de réapparaître subitement au beau milieu de la scène. L’œil du spectateur navigue entre ces scènes multiples et observe la même histoire sous les différents angles qui lui sont proposés.

Le son et l’image, parfois considérés comme des gadgets superflus, sont maniés habilement. Ils se marient pour illustrer toute la violence des évènements, le cataclysme historique auquel assistent Kurt Köpler et sa troupe de théâtre. Unis dans le jeu, ils s’entredéchirent face à la montée du parti Nazi.

La déchéance annoncée d’un idéaliste vaniteux

Kurt Köpler est un acteur célèbre, il aurait pu fuir. Mais il décide de rester en Allemagne, et de continuer à jouer. Son but : miner le système de l’intérieur, certain que la puissance émancipatrice de l’art dramatique participera à la lutte contre le nazisme. Mais le pouvoir hitlérien s’infiltre discrètement, sournoisement. Le « gros », ministre de la Culture du Reich apparaît sur scène au beau milieu d’une conversation, sans que l’on se soit aperçu de son entrée. Comme sorti de nulle part, il déverse des paroles de miel dans l’oreille du directeur du théâtre. Tiraillé entre ses convictions politiques et sa carrière d’acteur, entre l’amour de l’art et le respect de la patrie, Kurt Köpper hésite, avant d’accepter de travailler pour le Reich.

La liberté de l’artiste s’efface progressivement et devient un outil du pouvoir. Le théâtre se transforme en tribune pour le ministre de la propagande, un tonitruant sosie de Joseph Goebbels, qui harangue une nation fatiguée de la guerre totale. Ballotté par la puissance politique trop forte pour lui, le directeur du théâtre trahi ses idéaux, ses principes, son art, et jusqu’à ces fidèles amis qui meurent ou le renient. Infecté par le pouvoir, la bouche de Köpler s’assèche, les mots qui en sortent ne sont plus les siens, ses gestes saccadés font de lui un possédé, comme le Mephisto de Faust. Jusqu’à ce qu’il soit frappé d’aphonie, la punition de ceux qui vendent leur âme d’artiste.

Cette fable historique traite de la relation du pouvoir et de l’art. Mais elle décortique plus profondément le lien entre humanité, principes et puissance, montrant combien il est difficile de les combiner sans s’égarer, et finalement perdre sa raison de vivre. La mise en scène magistrale de Guy Cassier sert habillement la démonstration en suggérant les errements d’un idéaliste trop vaniteux pour fuir devant sa déchéance annoncée.

Pour Villard-de-Lans, l’avenir est électrique

13 avril 2010

La commune voisine de Lans-en-Vercors accueille l'épreuve 100% électrique du Trophée Andros

Alors que Lans-en-Vercors accueille la 21e édition du rallye sur glace “Trophée Andros”, la commune voisine de Villard-de-Lans expose quelques véhicules électriques. Cette station de ski du Vercors s’est en effet doté de camionnettes et d’une motoneige expérimentales fonctionnant sans essence.

Pas question pour le maire Chantal Carlioz et Max Mamers, l’inventeur de la course sur glace, de parler d’enfumage médiatique. Non, selon eux ces véhicules ne sont pas là pour occulter la pollution occasionnée par le rallye (qui se déroule par ailleurs dans le parc naturel du Vercors). Les passionnés de sport automobile se défendent des accusations de “Greenwashing”. De toute manière, selon eux, ils n’auraient pas d’utilité à entreprendre une telle démarche. Lorsque l’on pose la question à Max Mamers ou à des coureurs comme Nicolas Prost (le fils d’Alain), ils assurent d’une seule voix qu’un évènement comme le Trophée Andros est moins polluant qu’un match de foot et ses milliers de supporters motorisés.

Le maire de Villard-de-Lans voit surtout dans cette exposition une façon de promouvoir les voitures électriques. A cette occasion,  l’édition 2010 du Trophée Andros a d’ailleurs accueilli la première course sur glace de véhicules entièrement électriques.

Première course entièrement électrique sur glace. 21e édition du trophée andros

Réalisé le 03/02/2010

Corinne, 38 ans, aime jouer aux playmobil

13 avril 2010

C'est en achetant des jouets à ses enfants que Corinne est devenue accro aux playmobil

Ma Parole : Qui sont les passionnés de playmobil ?

Corinne Chatroux : Les membres de notre association « Génération playmo » ont la trentaine en moyenne. Il y a autant d’hommes que de femmes, autant d’ouvriers que de cadres ou d’enseignants. En Isère, je connais beaucoup de collectionneurs, mais ils sont en général plus âgés. On a assez peu d’adolescent. Vers 15-16 ans, il y a une sorte de coupure. Les gens reviennent aux playmobil plus tard. Quand ils ont des enfants.

MP : Que verra-t-on à Vinay en mai ?
CC : Il y aura de nombreux collectionneurs venus de toute la France. Normalement, on aura la chance d’accueillir des collectionneurs-revendeurs venus d’Allemagne, de Belgique, du Luxembourg et peut-être même d’Espagne. On est aussi en train de créer un diorama sur la fête de la Rosière de Vinay. On a reconstitué l’église, des commerces, et aussi le défilé traditionnel de la Rosière. On a commencé s’attaquer à la cave à vin. On a passé tout le week-end à mettre des petites bouteilles sur des étagères !…
MP : Combien de visiteurs attendez vous ?
A Arras en 2008, on a comptabilisé 2100 visiteurs. A Beaulieu, un village isérois de 600 âmes, on a eu 2000 visiteurs pour le Téléthon ! Alors à Vinay on aimerait atteindre les 3000.
“Je ne suis pas « un peu accro », je suis accro tout court !”
CC : D’où vient cette passion pour les playmobil ?
J’ai beaucoup joué quand j’étais petite. Je faisais pas mal de brocantes et j’en ai acheté pour mon fils. Il ne les a jamais vus, je les ai gardé pour moi. Aujourd’hui, mes enfants ont les leurs, et moi j’ai les miens…
MP : Vous êtes un peu accro ?…
CC : Mon bureau est plein à craquer de playmobil. J’en ai environ 2000. Depuis 2004, je ne sais pas combien j’ai dépensé. Peut-être 10 000 ou 15 000 euros. Donc je ne suis pas « un peu accro », je suis accro tout court ! Le pire c’est qu’il y a toujours de nouveaux modèles. Aujourd’hui, je m’éclate comme une malade avec les « système X » (dernière génération de playmobil, ndlr). Mais il ne faut quand même pas que je tombe la dedans en plus… J’ai un mari très cool mais ça commence à devenir un peu envahissant.
MP : 15 000 euros, c’est énorme ! Le marché du playmobil se porte bien ?
CC : Oui, mais ce n’est pas l’ancienneté qui fait le prix mais la rareté. Par exemple, j’ai payé 120 euros pour une grille de parc pour la maison « belle époque ». Et il y en a qui collectionnent les boites fermés. Si elles étaient ouvertes, elle perdrait de la valeur…
MP : Mais les playmobil, c’est pour les enfants non ?
CC : Oui mais vous savez, on est de la génération qui mange encore des fraises tagada. On n’a pas trop envie de grandir. Et puis ça permet de se défouler. Moi, après une journée de travail, je me mets au playmo et ça me relaxe. C’est vrai qu’avec les playmobil, on retombe dans l’enfance.
MP : Hans Beck, le papa des playmobil, est mort. Comment le vivez-vous ?
CC : Sur le site internet de playmobil Allemagne, il y a un cahier de condoléance. Je l’ai remercié pour les heures d’aventure que j’ai vécu grâce à lui étant petite. Et pour m’avoir fait replonger dans le monde merveilleux des playmobil une fois adulte. C’est quand même la personne qui a eu l’idée du monde dans lequel on vit… euh, on rêve ! (sic)
Rédigé le 10/02/2009

Ouvrir le débat sans en avoir la clef

12 avril 2010

Ségolène Royal propose de rembourser les cotisations des adhérents

« Le coût de l’adhésion ne doit plus être un obstacle au sacrifice de son temps » a déclaré Ségolène Royale le 5 novembre, lors d’une réunion publique à La Bellevilloise (Paris Xxe). Quand à ceux qui éprouvent des « difficultés financières » en ces temps de crise ? « Nous les rembourserons, en tout cas nous trouverons une solution ». Une solution radicale, pour tenter de mobiliser les militants et éviter une abstention massive. Le vote du 4 novembre qui départagera les 6 motions en lices est crucial pour l’avenir du parti. Les signataires du texte adopté par les militants pourront proposer un candidat à la direction du PS, lors du Congrès de Reims, le 22 novembre.

Le vote se fait dans une ambiance bon enfant à la section PS d’Echirolles (Isère), même si Ségolène Royale séduit autant qu’elle exaspère. Pour Micheline, 82 ans dont 30 ans de carte au parti, « Elle a raison ! Avant, et bien ceux qui ne pouvaient pas payer, on discutaient, on s’arrangeaient… Maintenant, ça dépend. » Dans certaines sections, on permet toujours aux militants de payer en plusieurs fois.

De son côté, Christian, 65 ans, 30 ans de parti lui aussi, n’est « pas d’accord pour rembourser les cotisations. On peut s’arranger mais il faut un acte d’engagement. Moi, j’ai mis 4 ans pour adhérer. Avant, c’était du sérieux. Il fallait avoir des parrains et passer un entretien pour expliquer son choix. »

Kristof, 30 ans est militant depuis 10 ans, et lui aussi est irrité par l’intervention de Royale : « Je suis un peu scandalisé. A 24 heures du vote, je ne trouve pas cela très fair-play. Son intervention, c’est un coup médiatique juste avant le vote. C’est un peu démago… » Largement reprise par les médias, ce « coup médiatique » a effectivement permis à la présidente de la région Poitou-Charentes d’occuper le devant de la scène à la veille du vote.

25 euros dans l’Isère, 60 euros dans le Rhône

François Hanry, trésorier de la fédération iséroise du PS et signataire de la motion E (Ségolène Royale – Gérard Collomb), explique la démarche : « Ségolène ne fait que soulever un problème. » Au congrès de Rennes en 1990, la question du prix des cotisations avait déjà fait débat. Depuis la campagne de 2007, les primo adhérents bénéficient d’une ristourne en ne payant que 20 euros. Mais pour le renouvellement de la carte, les prix sont très hétérogènes : de 25 euros en Isère à 60 euros dans le Rhône. Pour les partisans de l’ex-candidate à la présidentielle, cette déclaration n’a rien de démagogique. Elle traduit le courage de leur protégée qui ose parler des choses qui fâchent.

L’objectif de Ségolène Royale ? « Que l’adhésion au PS soit définitivement fixé à 20 euros » sur l’ensemble du territoire. Pour François Hanry, il faut « simplifier l’accès au parti » pour éviter que le PS ne soit « un parti de fonctionnaires, de retraités, de classe moyenne. » Attirer les citoyens modestes en clair. C’est ce que tous les partis politiques cherchent à faire. A l’UMP, le tarif plein est de 25 euros, 10 euros pour les demandeurs d’emplois. Au MoDem, les moins de 21 ans paient 10 ou 20 euros, les étudiants et demandeurs d’emploi, 5 euros.

« Démago » ?

Le prix du « timbre » se divise en deux parts. La rue Solférino reçoit une contribution nationale de 16 euros. Ensuite, un complément voté au niveau local est reversé à chaque fédération départementale, d’où les disparités selon les régions. En Isère il est de 9 euros, dans le Rhône 4 fois plus. « Certaines sections sont plus endettées que d’autre. Chacune d’entre elles à une histoire propre, » explique François Hanry.

Ségolène Royale tiendra-t-elle cette promesse ? N’ayant pas détaillé les modalités concrètes, elle s’expose au même procès en incompétence que celui qui l’a discrédité pendant les présidentielles de 2007. François Hanry explique la démarche : « Elle ne veut pas fermer le débat avant de l’avoir ouvert. » Pourtant, les marges de manœuvre sont faibles. Les cotisations représentent 40% du budget de la fédération Isère. En cas d’universalisation du prix de la cotisation, quid des « histoires propres » à chaque fédération ? Le débat reste ouvert…

Rédigé le 06/11/2008

Un peu d’Eire à Grenoble…

12 avril 2010

...et un peu de France à Dublin !

L’Irlande reçoit la France en phase de qualification pour la coupe du monde. Même au coeur des Alpes, les Irlandais de Grenoble embarquent femmes et enfant au pub pour supporter l’équipe au trèfle.

Réalisé le 17/11/2009

La déontologie, meilleure défense des journalistes

12 avril 2010

Christian-Marie Monnot, médiateur de France 2

« Quelle confiance accordez vous aux professions suivantes ? » Cette question a été posée lors du sondage GfK Trust Index. Les européens plébiscitent les pompiers et les métiers de la santé, qui monopolisent les premières places du classement. Suivent les services de police, les météorologues, les juges, les avocats… Et pointant en fin de tableau : les journalistes, qui n’ont décidément pas bonne presse (16e sur 20). C’est qu’ils seraient trop proches des puissants, donc malhonnêtes.

La profession s’est pourtant dotée de chartes déontologiques. A la manière de la Table des lois, la « Charte des devoirs des journalistes français » adoptée en 1918 et révisée en 1938, rassemble les commandements que tout bon journaliste se doit de suivre. Chaque employé du service audio-visuel public est d’ailleurs sommé de signer ce texte, avant même de signer son contrat de travail.
Réhabiliter la presse auprès de l’opinion publique
Certains médias sont allés plus loin en créant une fonction de « médiateurs de presse », selon le modèle développé en 1970 par le Washington post. En 1994, Le Monde est le premier journal français créer ce poste.
Un journaliste expérimenté, le médiateur, recueille les protestations, les remarques, les compliments des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Il est chargé de les transmettre à la rédaction, laquelle répond aux critiques par le biais d’une chronique ou d’une émission. Aujourd’hui, une dizaine de médias ont adopté cette formule. « Les médiateurs ont été intégré aux rédactions voilà 10 ans. Leur rôle est de réhabiliter la profession auprès de l’opinion, » explique Chritian-Marie Monnot (CMM), médiateur de l’information à France 2. Depuis 1999, il joue l’intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs d’information. Ces derniers réclament toujours plus d’attention selon Patrick Pépin de Radio France, qui résume les attentes du public par cette injonction : « Ecoutez-nous si vous voulez qu’on vous écoute ».
Le cheval de bataille des médiateurs, c’est la déontologie. Pour CMM, elle est trop souvent négligée : « Les supérieurs hiérarchiques ne parlent pas de déontologie, ils parlent de scoop et d’info. En général, la déontologie on en parle seulement après. Mais normalement, la déontologie passe avant tout ! » Et le médiateur de noter les injustices du métier à ce sujet : « Il y en a qui ont été scrupuleux, qui l’ont payé dans leur carrière, mais qui se regardent tous les matins dans le miroir sans problème. » Tout le monde ne suit pas les règles avec autant de rigueur, et les cas de manquement aux devoirs essentiels de la profession son nombreux (cf. Les Nouveaux chiens de garde, Serge Halimi). Par conséquent, une grande mission d’éducation des journalistes attends les médiateurs de l’information, car selon CMM : « La déontologie, c’est comme l’orthographe : plus on en fait, mieux on en fait. »
Le médiateur a une position ambiguë dans l’organigramme de l’entreprise de presse, à mi-chemin entre le supérieur et le collègue de travail. En tant que journaliste, difficile de critiquer ses confrères. Comme supérieur, pas facile d’asseoir sa légitimité lorsque l’on est nommé directement par le président du groupe. Car en général cette initiative ne vient pas de la rédaction, elle lui est imposée. Le médiateur peut alors être perçu comme l’homme de la direction, le casse-pied qui balance au patron.
« Le médiateur n’est pas un procureur »
Le rôle du médiateur n’est pas de blâmer les collègues à tour de bras. « Le médiateur n’est pas un procureur » rappelle sans cesse CMM. D’autant que les conséquences de son travail peuvent se retourner contre le journal, la radio ou la chaîne qui l’embauche. « On m’a remis la bombe atomique, je ne dois pas abuser de mon pouvoir », expliquait Robert Solé, médiateur au Monde. Il faut donc de la retenue dans les critiques.
Plutôt que de jeter la pierre, l’objectif de la démarche serait plutôt de « prendre les auditeurs à témoin » pour engager un dialogue constructif entre les journalistes et le lecteur/ auditeur/ téléspectateur. Les premiers étant poussés à faire preuve d’humilité et à tirer un enseignement de leurs erreurs ; les seconds devant faire preuve de confiance et de mansuétude à l’égard de la presse. Après tout, l’erreur est humaine ! Et même si ce n’est pas toujours évident, le journaliste est tout de même un être humain…
Le médiateur ne doit pas pour autant être l’avocat de la rédaction. Malheureusement, on a parfois l’impression que son rôle consiste essentiellement à défendre les journalistes. Le statut particulier dont il bénéficie lui garantit une certaine autonomie. Mais dans l’audiovisuel public, le médiateur est désigné par le président du groupe France Télévision. L’indépendance est donc toute relative, et le rapport hiérarchique direct.
Dans certains journaux suisses, c’est un psychosociologue indépendant qui joue le rôle de médiateur. En France, c’est un journaliste. L’empathie envers les confrères est naturelle. « Les téléspectateurs se plaignent dès que l’info ne leur convient pas. Ils se plaignent de la violence du 20h, nous proposent des plans du journal, nous écrivent pour relever les inexactitudes. Mais quand on prend l’avion, est-ce que l’on donne des conseils au commandant ? » s’agace CMM. Et si le commandant ne rejoint pas la destination prévue, a-t-on tout de même le droit de protester, une fois les moteurs éteints ?
Les professionnels de l’information ne semblent tenir compte des recommandations du médiateur que lorsqu’elles sont en leur faveur. « Personne n’écoute le médiateur à France Télévision. J’ai remis un rapport qui n’a pas été lu » se résigne CMM. Même son de cloche du côté de son prédécesseur Jean-Claude Allanic : « J’ai failli démissionner plusieurs fois, constatant que personne ne m’écoutait, que je ne servais à rien. »
Si l’objectif initial de la mise en place d’une médiation est louable, les médiateurs eux-mêmes semblent septiques quand à leur utilité. La formule aurait pu constituer une solution pour rétablir la crédibilité des journalistes.  Mais dans les faits, le poste de « médiateur de presse » ressemble à un faux gage de bonne volonté. Dénué de tout pouvoir coercitif, le médiateur n’est en réalité qu’une menace symbolique, une « bombe atomique » sans détonateur. Ce n’est visiblement pas les entreprises de presse qui parviendront à rétablir la crédibilité des médias, trop empêtrée qu’elles sont dans leurs obligations de rentabilité. La solution réside dans une meilleure régulation, avec force de coercition. Elle pourrait s’opérer à un niveau supérieur, qui sans être étatique, doit rassembler l’ensemble de la profession. L’éventuelle création d’un ordre des journalistes, actuellement débattue, pourrait trouver ici un nouvel argument favorable.
Rédigé le 06/03/2009

L’emprunte environnementale des étudiants est bonne

12 avril 2010

Du 1er au 7 avril, le gouvernement organise la semaine du développement durable

Pour l’inauguration de la semaine du développement durable, l’association “Effet papillon” propose aux étudiants de mesurer leur impact sur l’environnement. Bonne nouvelle, les étudiants Grenoblois polluent peu. Mauvaise nouvelle : ils polluent peu parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers de polluer plus…

C’est dans les têtes que se tient le combat contre les mauvaises habitudes.  Une vérité qui justifie d’autant plus cette semaine basée sur la prévention et l’information.

Un reportage réalisé le 01/04/2010

Antoine*, un squatteur « comme tout le monde »

12 avril 2010

Dans un squat (DR)

Premier contact avec le squat de la rue des Violettes, il est midi. C’est Mathieu* qui m’ouvre. Je lui présente mon projet. « Moi, personnellement, ça ne me dérange pas. Mais faudrait voir avec les autres. On décide collectivement. » Il m’invite donc à revenir plus tard.
Deuxième tentative, il est 14 heures. Cette fois c’est Antoine* qui m’ouvre la porte métallique. J’aperçois une grande villa au fond d’une charmante petite cour pavée de pierres brutes. Ca commence mal : « Des journalistes sont venus. A chaque fois, ce qui était écrit, c’était pas ce qu’on avait dit.» J’insiste. « Et puis tu sais, nous, on a pas envie de parler. On est personne, alors… » dit-il, comme intrigué par l’intérêt que je lui porte.
“Soit je crevais dans la rue, soit je bossais à l’usine et j’arrêtais la musique. J’ai choisi une autre solution.”
La trentaine, brun aux yeux marron, Antoine* porte une barbe de plusieurs jours qui laisse apparaître les traces d’un rasage antérieur plus élaboré. Des pattes taillées en angle droit qui courent sur ses tempes pour se terminer par une pointe sur ses joues. Vêtu de noir, il délaisse sa crête de punk, qui s’étale sur la nuque et lui barre le front. Chacune de ses oreilles est percée par deux créoles.
Finalement, la conversation s’engage sur le pas de la porte. « J’ai vécu en appart, et puis un jour, j’ai plus pu payer le loyer. Soit je crevais dans la rue, soit je bossais à l’usine et j’arrêtais tout ce que je faisais autour. J’ai choisi une autre solution. » Le squat, pour ne pas renoncer à la musique : il joue dans un groupe et organise des concerts. Antoine* est méfiant, limite parano. Quand un groupe de jeunes gens coiffées de casques de chantier et portant des gilets fluos – probablement des élèves d’une école de BTP – passent dans la rue, il s’arrête de parler. « Attends, on va rentrer parce qu’on sait pas qui c’est ceux là… »
J’entre dans le squat où je retrouve Mathieu*. Une ado et un gamin de 13-14 ans sont également présents. Des « résidents ».  Antoine me parle des squats de Grenoble. Il a vécu aux « 400 couverts », juste avant l’expulsion. « C’était bien !… » Discours concis, dépouillé, pas de superflu. Je lui parle des relations entre le squat et les propriétaires. Il est fataliste : « Un jour, on se fera expulser. Ce qu’on veut, c’est éviter un procès et une lourde amende impossible à payer. Sinon après, on a des emmerdes quand on veut travailler. » Je sens que l’entretien a assez duré. Il me raccompagne et je lui demande son prénom. « Antoine*, mais ça tu ne l’écris pas !… »
*les prénoms ont été modifiés
Rédigé le 28/02/2010

L’amour vache de la mairie pour les squats

12 avril 2010

Affiche annonçant une projection-débat au squat "Le Chapitonom"

Depuis maintenant 25 ans, le « 102 », rue d’Alembert occupe une place particulière dans le paysage culturel de Grenoble. Et pourtant, avant de devenir un cinéma-salle de spectacle-galerie d’art, le « 102 » a été occupé illégalement pendant 10 ans. Une décennie de squat.

Pour Nicolas, un des animateur du site, l’idée était de créer un « laboratoire de création artistique » où les artistes « peuvent se permettre de produire des choses qu’ils ne feraient pas ailleurs. » Certaines œuvres produites au « 102 » « ont fait le tour du monde » en profitant du bouche-à-oreille. Petit à petit, la salle s’est fait une réputation dans le milieu underground européen. Le squat a ainsi participé à sa manière au rayonnement culturel de Grenoble.
Mise devant le fait accompli, la municipalité a décidé en 1993 d’accorder un statut au collectif qui fait vivre le site. Elle a racheté les locaux et s’est engagée à les mettre à disposition des artistes, moyennant une mise en sécurité des bâtiments. Le « 102 » est désormais conventionné et autorisé à recevoir du public.
Rentabilité marchande et politique culturelle
Malgré le bel exemple du « 102 », les expulsions de squatters se sont multipliées ces dernières années dans l’agglomération. Tour à tour, les « 400 couvert », la « Kanaille », la « Mèche », les « Crocoléens » et plus récemment – le 17 septembre – le squat de la rue de l’Ancien-champ-de-Mars ont été évacuées manu militari. Les animateurs du site ont une opinion bien tranchée au sujet de la politique de la municipalité en matière de gestion des squats, au regard de l’expérience de la rue d’Alembert.
Cyril est membre de l’équipe du « 102 ». Il dénonce la volonté de la mairie de « maîtriser les lieux de création » pour « faire du marketing culturel. » Autrement dit, de détruire les pépinières de création artistique au profit d’industries culturelles uniformisées et « élitistes » « à la MC2 ». Pour Cyril, la mairie néglige les productions alternatives au motif que leur rentabilité marchande n’est pas assurée. A long terme, le risque étant d’assécher le milieu culturel grenoblois en réduisant sa diversité.  « Ici [au « 102 » ndlr] il y avait un flou pendant 10 ans, c’est pour cela que ça a marché. » En clair, il faut laisser le temps au temps.
Mais le temps, c’est de l’argent. Selon le site d’information Indymédia proche des mouvements libertaires, la mairie justifie ces expulsions de squats en évoquant des projets de logements sociaux. C’est le cas au « 400 couverts », occupé après avoir été laissé à l’abandon par ses propriétaire pendant des années. « La ville citait les « 400 couverts » en exemple, et elle les a expulsé ! » s’indigne Cyril.
« La ville citait les « 400 couverts » en exemple, et elle les a expulsé ! »
Le « 102 » est-il lui aussi menacé ? Selon ses occupants, pas pour l’instant. Pourtant la convention qui lie la ville au collectif était auparavant renouvelée tous les trois ans. Dorénavant, elle n’est attribuée que pour un an.
Les squatters ont-ils des droits ?
Les squats sont par définition des lieux à la marge de la société. L’Observatoire associatif du Logement (OAL), membre du réseau « Un toit pour tous », peine à les recenser : « Nous n’avons pas d’études à proprement parlé sur les squats. » D’autant que « le mot squat recouvre un grand nombre de réalités différentes » explique Cyril. Squats « politiques », squats « culturels », squats d’hébergement provisoire, ils ne veulent pas attirer l’attention. A la chambre iséroise de l’Union Nationale de la Propriété Immobilière, le problème n’existe plus : « Cela fait longtemps que nous n’avons pas eu affaire à cette question. »
Cette marginalité peut entraîner une forme de vulnérabilité. Les « résidents » des squats dénoncent parfois le non respect de la législation lors des expulsions. Comme l’explique maître M’Barek, membre de la l’association « Consom’Actes » (défense des propriétaires et des locataire) : « Une expulsion ne peut avoir lieu sans qu’un jugement n’ait été prononcé, procédure plus où moins longue qui peut être repoussée par un appel. » Pourtant, nombre de « résidents » font état d’expulsion réalisées seulement quelques heures après l’ouverture du squat. Dès lors, impossible dans ces conditions de respecter les droits des occupants des lieux.
Rédigé le 28/02/2010

Des p’tits trains dans la tête

12 avril 2010

Le modélisme ferroviaire est représenté par la fédération française de modélisme ferroviaire (FFMF)

Alain aime les trains. Il les aime tellement qu’il a posé des rails dans son jardin, qu’il a construit une gare et qu’il a érigé des ponts. Heureusement, Alain apprécie surtout les miniatures électriques. L’installation fait tout de même une dizaine de mètres de long. Rencontre avec cet Isérois passionné de modélisme ferroviaire.

Reportage réalisé le 27/11/2009

Le retour du crieur public

8 avril 2010

Gérard Rigaud, crieur public à Lyon dans le quartier de la Croix-Rousse

Dimanche matin à 10h 30, Gérald Rigaud s’active dans la cours de son immeuble. Il s’étire longuement puis fait quelques vocalises pour échauffer sa voix. Une fois correctement éveillé, il enfile son costume bleu et ajuste son képi. Officiellement, Gérald Rigaud est comédien. Mais depuis 2003, il est aussi le crieur public de la Croix-Rousse, un quartier juché sur une des deux collines de Lyon.
Chaque jour de marché, Gérald enfourche ensuite son tricycle et pédale jusqu’à la place du « Gros Cailloux » où il déballe son matériel. Une fois installé, il interpelle les passants avec son mégaphone. Petit à petit, une foule dense se presse autour du comédien. On écoute les informations que Gérald annonce, juché derrière son pupitre.
Une criée cela ne s’improvise pas. En tout cas, pas totalement. La veille, Gérald a pris soin de récolter les nouvelles qu’il déclame le matin suivant. Les Croix-Roussiens postent des messages dans des boîtes aux lettres que le crieur a dispersées dans les commerces du quartier. Avant chaque criée, il fait le tour des boutiques pour récupérer les lettres des habitants. « On m’adresse toute sorte de messages. Des annonces de baptême ou de mariage, des poèmes d’amour, des réclamations ou des critiques contre le maire, » explique Gérald.
« Ce que je veux, c’est un temps pour rassembler tout le monde, que l’on soit ensemble dans un même moment, »
Les crieurs publics existent au moins depuis l’antiquité, notamment en Grèce et à Rome. La tradition a perduré tout au long du Moyen-âge. Les crieurs arpentaient les rues des bourgs pour annoncer les décisions du seigneur. Un roulement de tambour, suivi du fameux « Oyez, Oyez braves gens » (« Oyez » signifie « écoutez » en vieux français…) et les habitants venaient s’informer des nouvelles de la région. A l’époque, le papier n’existait pas encore. On écrivait sur des parchemins fabriqués à partir de peaux d’animaux. Ils coûtaient très cher, et il était donc impossible de publier des journaux pour tout le monde. D’autant que l’imprimerie n’existait pas non plus ! Chaque mot, chaque phrase étaient écrits à la main. Fabriquer un journal d’une dizaine de pages en plusieurs milliers d’exemplaires aurait donc pris un temps fou.
Avec la banalisation des journaux papiers bon marché au XIXème siècle, les crieurs publics ont commencé à disparaître. Acheter un journal est beaucoup plus pratique pour s’informer.  Les citoyens ne risquent plus de rater le rendez-vous de la criée, l’information est disponible toute la journée dans les kiosques. De plus, ils peuvent transporter les nouvelles partout avec eux, alors que la voix du crieur s’évanouit une fois la criée terminée. L’apparition du journal papier a révolutionné la diffusion de l’information. On est passé d’une information orale à une information écrite.
Les derniers crieurs publics ont disparu dans les années 1960, remplacés par les journaux, la radio et la télévision. Mais qu’est ce qui pousse Gérald à remettre cette tradition au goût du jour ? « Ce que je veux, c’est un temps pour rassembler tout le monde, que l’on soit ensemble dans un même moment, » explique le crieur de la Croix-Rousse, qui se dit être missionné par un « ministère des rapports humains » imaginaire.
Rédigé le 10/03/2009 dans le cadre de la création d’un magazine jeunesse – Numéro spécial presse.

Témoins de Jéhovah, obsédés de la bible

8 avril 2010

Moïse recevant les tables de la Loi, Marc Chagall

Rendez-vous avait été pris avec Maxime Lagroue, témoin de Jéhovah, dans un café de Grenoble. Mais les témoins vont par paire : au dernier moment, M. Lagroue tient à se faire assister de Jean Fond, membre du collège des anciens de la congrégation grenobloise. Exit le café, nos interlocuteurs entraînent notre jeune journaliste dans la « Salle du royaume » que l’association a acheté rue Ampère, dans un immeuble agréable. Courtois mais méfiants, ils ont répondent de manière décomplexée aux questions posées.
Jean Fond revient avec nous sur sa profession de foi et nous décrit sa vie quotidienne rythmée par les évangiles. Une bible dans une main, des prospectus dans l’autre, il récite par cœur les psaumes et tente toujours de justifier ses propos par des extraits des textes sacrés. Une argumentation déconcertante qui utilise le sacré pour masquer ses vides. D’ailleurs pas toujours à bon escient…
Ma Parole : Qu’est ce qui vous a poussé à rejoindre ce mouvement religieux ?
Jean Fond : À l’origine j’étais catholique, marié père de deux enfants. J’étais baptisé mais ce n’était pas un choix personnel, c’était la tradition religieuse dans la famille. Vers 40 ans, ma femme et moi nous sommes posé des questions sur notre culte quand nous avons constaté les contradictions qui existaient dans son enseignement. On ne nous avait jamais montré la bible, je trouvais cela assez choquant. Un jour, les témoins de Jéhovah on sonné à notre porte. Ils connaissaient les évangiles par cœur. Nous les avons fait entrer.
MP : Ce n’est donc pas vous qui êtes allés voir la bible, c’est la bible qui est venue à vous ?
J.F. : Quelque part oui, nous avions un besoin spirituel à combler, et cela nous ne l’avions pas rencontré dans notre religion de l’époque. Ce qui nous a convaincu au fur et à mesure ce n’est pas les témoins de Jéhovah, c’est la bible, la parole de dieu. Les témoins nous l’ont rendu accessible. Ils nous ont présenté les évangiles à l’aide d’un ouvrage. C’était un bon support pour pénétrer dans le texte car si un jour quelqu’un fait la démarche de prendre une bible et d’essayer de la lire de la première page à la dernière, il ne va rien comprendre.
MP: Vous insistez sur la nécessité pour les croyants d’entretenir un contact direct avec la bible, mais ces « supports » ne sont-ils pas déjà une interprétation de la bible ?
J.F. : (Feuilletant son exemplaire de la bible comme pour y chercher un argument) Vous avez raison, je suis d’accord avec vous. Vous ne me contrariez pas en disant ça parce que ce livre conduit aux réponses fondamentales présentes dans la bible. Par exemple : où sont les morts ? Qui est-ce qui peut répondre à ça ? Vous regardez dans la bible vous avez la réponse ! Comment voulez vous interpréter quelque chose qui est écrit sous vos yeux et qui donne une réponse à la question ? Ces supports sont l’interprétation de la bible et rien d’autre.
MP : C’est l’interprétation de la bible faite par celui qui a écrit ce « support »…
J.F. : (silence) Oui… Mais tenez, prenons un exemple qui me traverse l’esprit là. Vous connaissez l’histoire des galettes des rois, en janvier ? Cela vient de quoi ? Cela vient d’une histoire qui est très ancienne, lorsque Jésus le Messie est né et que les astrologues sont venus lui présenter des offrandes. (En feuilletant frénétiquement sa bible) Vous allez voir si l’on peut interpréter la bible… (Passent quelques secondes de réflexion, toujours en tournant les pages. Puis il referme son livre.)
Bien sur que c’est une interprétation, mais c’est une explication il vaudrait mieux dire ! Regardez dans les évangiles, saint Matthieu, chapitre deux qu’est ce qui s’est passé ? (Il entreprend de lire la bible. Nous l’interrompons.)
« La foi, c’est une croyance ferme et résolue parce que l’on est convaincu de quelque chose. Vous avez la définition à la fin de la bible… »
MP : Pour devenir témoin, doit-on subir un rite initiatique ?
J.F. : Oui, nous pratiquons le baptême par immersion. J’ai été baptisé en 1979, après deux années d’étude des textes saints. Contrairement à d’autres confessions, nous ne baptisons jamais de nouveaux nés parce qu’ils ne sont pas à même de prendre consciemment position pour dieu, de vouer leur vie à dieu.
MP : Qu’est ce que signifie « vouer sa vie à dieu » dans une société moderne ?
J.F : (Montrant la bible) Cela signifie vivre en conformité avec ça . C’est un code de moral tout simplement, c’est aimer son prochain comme soit même, c’est respecter les lois de l’état et les règles de moralité, que ce soit dans ses relations avec les autres, dans le monde des affaires, dans les relations sexuelles….
MP : A ce sujet justement, quels sont les interdits et les obligations en matière sexuelle ?
J.F. : Jéhovah-dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils se multiplient sur la terre. C’est lui l’instigateur du mariage. Donc les relations sexuelles chez les témoins de Jéhovah ont lieu dans le cadre du mariage, et sans aucune espèce de privation quelconque. Mais pas d’infidélité ! On verra après pourquoi c’est un avantage, quelque part.
MP : Si dieu veut avant toute chose que les hommes et les femmes se reproduisent, pourquoi le mariage est-il si important ?
J.F. : Les règles divines sont en général faites pour la protection de l’homme et de la femme, pour qu’il n’y ait pas de conséquences fâcheuses. Quelqu’un qui couche à gauche à droite, il ramène forcement des choses qui ne sont pas toujours profitables…
MP : Des maladies vous voulez dire ?
J.F. : Ben voilà, par exemple ! Le Sida, ce n’est pas un problème de préservatif, c’est un problème de moralité. Je ne dirais pas que c’est une punition. C’est une conséquence. Une conséquence fâcheuse…
Propos recueillis le 18/10/2008

La coupe d’Europe de Hockey se joue à Grenoble

8 avril 2010

Les brûleurs de Loups, outsiders de la coupe d'Europe de hockey

Après une année difficile, pénalisée notamment par les difficultés financières du club, les Brûleurs de loups accueillent la finale de la Continental cup à Pôle Sud. Une coupe d’Europe jouée sans pression par les petits Poucet grenoblois.

Reportage réalisé le 13/01/2010

Mai 68 : La radio en direct des barricades

8 avril 2010
Les journalistes sont en première ligne durant les "évènements"
Nous sommes en mai 1968, à Paris dans le quartier Latin. Etudiants et forces de l’ordre se font face. Les uns cachés derrières les barricades dressées en travers de la route, les autres abrités derrières leurs boucliers et leurs lunettes. Le temps suspend son vol, jusqu’à ce que les premiers pavés volent, jusqu’à ce que les premières grenades lacrymogènes rebondissent sur le bitume en dispersant leur fumée blanche. Les « évènements de Mai 68 » commencent.
Les premiers jours de la révolte, les journaux télévisés évoquent très brièvement les affrontements. France Inter, la station la plus écoutée à l’époque (33% de part d’audience), couvre tout de même les manifestations. Mais elle diffuse ses reportages en différés, sur ordre de André Astoux, son directeur adjoint. En 1968, la télévision et la radio publiques sont sous le contrôle de l’ORTF (Office de Radiodiffusion et de Télévision Français) qui lui-même obéit au gouvernement, via le ministère de l’Information. France Inter est accusée de prendre parti contre les émeutiers, et la confiance des auditeurs diminue. Ils se tournent vers les « radios périphériques. »
Radio publique contre radio périphérique
Pour échapper au contrôle de l’État, certaines stations installent leurs émetteurs de l’autre côté de la frontière. On les appelle les « radios périphériques ». C’est le cas d’Europe 1 qui émet depuis l’Allemagne, mais aussi de Radio Luxembourg (future RTL) ou de Radio Monte-Carlo située à Monaco (future RMC). Pendant que les étudiants et les ouvriers cherchent à révolutionner le pays, ces stations privées vont révolutionner le monde de la radio.
Les radios périphériques « avaient davantage l’habitude – accentuée par la légèreté de la technique – d’interviewer en direct dans la rue ou au téléphone, de pratiquer le reportage du style “comme si vous y étiez” » explique ’universitaire André-Jean Tudesq. Grâce notamment à l’utilisation des radiotéléphones, les journalistes de RTL ou Europe 1 prennent une longueur d’avance sur France Inter. Ils sont au cœur des affrontements et ils transmettent en direct leurs commentaires des évènements. Si bien qu’on les accuse de jeter de l’huile sur le feu et de prévenir les émeutiers, munis de radio transistor (voir encadré), des mouvements des forces de l’ordre. On les surnomme alors méchamment « radio barricades, »
Le gouvernement envisage de « couper les câbles »
L’indépendance des radio périphériques sont plutôt fragile : leurs bureaux se trouvent à Paris. Il aurait suffit au gouvernement de « couper les câbles » qui relient les studios aux émetteurs pour plonger les stations dans le silence. Au final, comme raconte Jean-Jacques Cheval, spécialiste des stations de radio, « pendant une semaine, du 23 au 30 mai, on supprima aux journalistes l’usage de leurs radiotéléphones, motos et voitures émettrices » en prétendant que les ondes gênaient les forces de police. Les journalistes ont alors bidouillé des systèmes pour transmettre leurs reportages, en allant parfois frapper à la porte des particuliers pour emprunter un téléphone.
Mai 68 a été une occasion pour la radio de doubler la télévision dans la course à l’information. Jugée plus objective et pus réactive, les radios périphériques se sont fait une belle réputation. Elles ont ouvert la voie à la radio que l’on connaît aujourd’hui, et qui est toujours préférée à la télé en ce qui concerne l’information.
Rédigé le 10/03/2009 dans le cadre de la création d’un magazine jeunesse – Numéro spécial presse.

Les cafés-concerts en phase terminale ?

8 avril 2010

Fin de concert dans les cafés

C’est bien souvent un tremplin pour les musiciens débutant. Mais sur Grenoble, les cafés-concerts sont en mauvaise santé. Le 1er janvier 2009, le « Galways pub » fermait ses portes sur la rue Colbert. L’année d’avant, jour pour jour, c’était le « Mistral gagnant » rue Rhin et Danube qui remballait les amplis. D’après Rycil le gérant de l’Art-ti-cho, 80% des cafés-concerts présents sur Grenoble ces dernières années ont fermé ou ont renoncé à accueillir des groupes.

Benjamin ne tourne plus dans les cafés-concerts. Avant de se faire un nom, son groupe « Macze de Carpate » les a fréquenté. Il se souvient : « En 1996, on passait au Café Notre-Dame. Il n’y avait rien, il fallait amener la sono. Mais le patron ce faisait plaisir et il nous mettait le lieu à disposition. Ca permettait de faire les premiers concerts. Maintenant c’est plus compliqué avec les nuisances sonores… »

Car c’est peut-être bien cela la raison de cette hécatombe. Les règles en matière de nuisance sonore sont strictes en Isère et sur Grenoble en particulier. Fin des concerts à 23h15 et évacuation des bars à 1h pétante ! Ordre de la préfecture… Pour les contrevenants, c’est descente de police à répétition. Et les voisins n’hésitent pas une seconde à appeler la maréchaussée dès que le son est trop fort.

“Même pour faire un karaoké, on en chie… ” Le gérant d’un bar cours de la Libération.

Du coup, pour s’assurer que le niveau sonore reste correct, les autorités imposent aux bars de poser un « limiteur » sur leur sono. Le petit boîtier électronique veille à ce que la musique ne dépasse pas 90 décibels. Sinon ? « On coupe le soooon ! » comme dirait Philippe Catherine. La gentille boi-boite baisse d’un coup le volume. Rien de tel pour flinguer l’ambiance en plein concert. Comme le dit Benjamin, le bon côté de la chose, c’est que les oreilles du public sont protégées si le groupe est un peu bourrin.

Mais problème, la limite de 90 décibels est intenable en pratique. Un public enthousiaste qui applaudit un peu fort et les plombs sautent. Un coup de caisse claire, c’est environ 140 décibels. Alors maintenir le son en dessous de la limite réglementaire, c’est mission impossible.

A Grenoble, les cafés-concerts galèrent et les groupes en subissent les conséquences. Ces derniers attendent impatiemment que la SMAG (Salle de musiques amplifiées de Grenoble) sorte enfin de terre. Avant que ce serpent de mer montre son nez du côté du site Bouchayer-Viallet, la dynamique scène locale boit la tasse.

Réduire ses déchets en achetant intelligent

8 avril 2010
Dechets_sur_Decharge_photo_RF

Moins de déchets = moins de coût de retraitements

Acheter une barquette de yaourts, un geste anodin. Pourtant, une fois le produit consommé, le pot de plastique, la languette aluminée et l’emballage en carton se retrouvent au même endroit : à la poubelle.

La gestion des déchets domestiques est un enjeu colossal pour les années à venir. Si la croissance économique n’est pas au mieux actuellement , la poussée démographique ne faiblit pas. Plus nous sommes nombreux, plus nous consommons, plus nous produisons de déchets.

Pour éviter de finir ensevelis sous nos propres immondices, il existe des solutions. A Grenoble, l’association “Objectif Zéro Déchets” organise une opération de sensibilisation dans le temple à la surconsommation d’emballages que sont les grandes surfaces. Un argument fait mouche : la diminution de la note à la caisse. Car n’allez pas croire que les emballages sont gratuits…

Reportage réalisé le 27/11/2009

Permis trop cher : la location de voitures à double commandes se développe

8 avril 2010

De plus en plus cher, le papier rose semble parfois inaccessible. (DR)

Passer le permis est devenu un vrai chemin de croix : tarifs exorbitants, temps d’attente prolongé entre les présentations à l’examen, manque d’inspecteurs…  A Grenoble depuis novembre 2009, Franck Chatail compte développer un business pour faciliter la vie des prétendants au papier rose. Il a ouvert une agence de location qui propose de louer des voitures à double commande, et il n’est pas le seul. Une offre parfaitement légale, même si l’accompagnateur n’est pas moniteur d’autoécole. Il suffit de se faire encadrer par quelqu’un âgé de plus de 28 ans et en possession du permis depuis au moins trois ans. Une heure d’exercice de conduite coûte ainsi deux à trois fois moins cher qu’une heure d’autoécole.

17/11/2009

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.